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LE MYTHE DE L'INFIRMIERE AMERICAINE :
Le cinéma a beaucoup participé au développement du mythe de l'infirmière américaine très glamour et aux formes généreuses. Surtout les très nombreux longs métrages, superproductions, Panavision, Technicolor qui retraçaient les exploits des soldats américains pendant la seconde guerre mondiale. Que la guerre est belle en couleur sur grand écran !
Le scénario type : un GI tombe amoureux d'une belle infirmière inaccessible à souhait ; bien souvent c'est la fille du colonel, du capitaine ou du général (rayez les mentions inutiles)... Le héros se démène comme un beau diable sur le front risquant sa vie à chaque seconde. Pendant ce temps, l'infirmière soigne les blessés de la guerre dans un hopital huppé de Washington DC (Les scénaristes américains et la vraisemblance...) Là, elle tombe amoureuse d'un soldat qui s'est foulé la cheville en montant dans une Jeep pour aller en boîte de nuit. Evidemment c'est la Jeep du capitaine, vu que le gars en question est son chauffeur ; une planque pour le fils bellâtre et benêt d'un ami industriel qui fabrique des chars ou des canons ou des cuirassés (rayez les mentions inutiles).
Quand le héros revient du front où il a laissé au moins un membre, le père de l'infirmière (le colonet devenu général) lui remet en grande pompe une belle médaille et lui apprend, en aparté, que sa fille est maintenant mariée et a au moins deux enfants, qu'elle n'avait pas osé lui dire la vérité pendant qu'il combattait pour ne pas lui faire de peine, que c'est pas grave, qu'il va réussir sa vie quand même... Même s' il ne peut pas rester dans l'armée vu qu'il lui manque un oeil, un bras ou une jambe (rayez les mentions inutiles)... Plus de copine, plus de boulot, plus de jambe mais le titre de héros, le type dit bien merci à tout le monde et il saute dans un gros cabriolet américain dans lequel l'attendaient de joyeux copains à qui il est arrivé exactement la même histoire. Ils font la fête, draguent les filles dans les bars, bref ils sont heureux. Happy End ! (c'est un peu caricatural, mais dans les grandes lignes c'est ça !).
Une autre source fondatrice du mythe de l'infirmière américaine dans l'imaginaire collectif remonte à la première guerre mondiale : en Juillet 1919 sur le front italien, un tir de mortier tue un homme et en blesse trois autres. Parmi eux : Ernest Hemingway grièvement blessé aux jambes. Il tente pourtant de sauver la vie d'un de ses camarades en le portant vers une zone calme, il reçoit alors une rafale de mitrailleuse ; de nouveau touché il réussit à atteindre un poste de secours et... s'évanouit.
Il est soigné à Milan. Au cours des trois mois que dure sa convalescence, il tombe amoureux d'une infirmiére américaine, Agnes Von Kurowsky, qui deviendra un personnage de roman dans le célèbre "Adieu aux Armes", elle sera Catherine Barkley... Il ne l'épouse pas, alors qu'il se mariera quatre fois ! Elle était pourtant bien jolie dans son costume de la Croix Rouge, le petit chapeau et la blouse blanche... Il a dû, souvent dans sa vie, avoir le blues de l'infirmière !
Au-delà de la mission de femmes totalement dévouées aux autres, aux souffrances morales et physiques, il faut bien reconnaître que la panoplie de la blouse blanche et du bonnet a bien participé à la gloire réelle des infirmières, qu'elles soient américaines ou non. Et les cinéastes ne s'y sont pas trompé en échancrant plus que de raison les blouses pour cause de missions sous des tentes-hopital surchauffées ! Mais les beaux visages illuminés par les bonnet blancs restent immaculés, le maquillage parfait en dépit de la chaleur et des bombardements. C'est terriblement sexy la guerre vue par Hollywood !
Enfin, le mythe trouve son apothéose le 14 août 1945 ! Ce jour-là, le Japon capitule, la joie éclate à Times Square, Alfred Eisenstaedt prend des photos de la foule en liesse... Il ne sait pas encore qu'une de ses photos sera parmi les plus célèbres du 20 ème siècle : un marin qui embrasse sur les lèvres une... infirmière américaine !
L'histoire ne s'arrête pas là. La photo est mondialement connue, mais le marin et l'infirmière restent anonymes, d'autant qu'il ne sont pas identifiables sur la photo. Le photographe a pris ce cliché avec beaucoup d'autres ce jour-là, il n'a pas demandé les identités des personnes qu'il figeait sur la pellicule pour l'éternité. Nombreux sont celles et ceux qui ont prétendu être l'un ou l'autre. Jusqu'à Edith Shain que le photographe reconnut enfin formellement en 1980 comme étant bien l'infirmière de la photo en regardant... ses jambes ! Elle est décédée le 24 juin 2010 à l'age de 92 ans aprés avoir participé à des milliers de commémorations.
La boucle sera bouclée quand vous saurez que le photographe qui a réalisé ce célèbre cliché a réalisé de non moins célèbres portraits... d'Hemingway !
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